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Van Gogh, la folie à l'oeuvre - "le journal vaudais qui agite la terre" - VAUDAIS.NET

"le journal vaudais qui agite la terre"

Van Gogh, la folie à l'oeuvre

Article
tous le monde

17/03/2014 15h34

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Avec ses cyprès comme des torches et ses visages tordus par la terreur d'exister, ses tournesols comme des astres aveuglants ou des désastres obscurs, ses ciels de sang et de folie vus comme de l'autre côté de la tombe, Van Gogh reste la figure même de l'artiste fou. Avec ses 46 peintures, appartenant à des collections particulières (telle la Paire de chaussures, venue de Malibu), et aux plus grands musées du monde, dont la plupart n'ont jamais été exposées en France (les Lauriers roses du Metropolitan Museum de New York ou les coeurs noircis des Tournesols du Kunstmuseum de Berne), quatre de ses autoportraits et le célèbre Fauteuil de Gauguin avec une bougie allumée, sans compter dessins et lettres, l'exceptionnelle et bouleversante exposition que lui consacre le musée d'Orsay nous mène aux confins de l'art et de la pathologie.

En face, ou en miroir, un autre artiste fou, le poète et homme de théâtre Antonin Artaud, dont sont aussi exposés extraits de films, enregistrements sonores et dessins. Parcours subjectif. L'exposition est conçue en résonance avec le texte de feu que le poète écrivit sur le peintre à l'oreille coupée : "Van Gogh, le suicidé de la société". Chaque salle est placée sous un thème résumé par une phrase du poète, et tous les tableaux dont parle ce texte inclassable sont présents (à l'exception des célèbres Corbeaux, cependant visibles sur écran HD avec un programme interactif). Confrontation hallucinante entre peinture et écriture, et surtout entre "la folie de l'art" (l'expression est de Henry James, peu suspect de faire dans le mythe de l'artiste maudit) et la folie tout court.

Autoportrait halluciné

Le 2 février 1947, récemment sorti de l'asile psychiatrique après un internement de neuf ans, au Havre d'abord, puis à Rouen et, enfin, les trois dernières années à Rodez, à la demande de sa mère et du poète Robert Desnos, Artaud visite en effet l'exposition Van Gogh à l'Orangerie. Il ne connaît ni les travaux de Prinzhorn ni ceux de Karl Jaspers sur le peintre, mais il a lu des extraits du livre du psychiatre François-Joachim Beer, Du démon de Van Gogh. Enragé contre l'usage de termes psychiatriques appliqués à l'art - il parle de psychurgie -, il écrit d'un trait un autoportrait halluciné de l'écrivain en peintre, sous le titre, donc, de "Van Gogh, le suicidé de la société" et dans lequel, projeté sur Van Gogh, c'est de son propre rapport au suicide qu'il parle. Ces pages hallucinées et litaniques seront publiées fin 1947, quatre mois avant sa propre mort, non pas "suicidé", comme une légende tenace sur les génies assassinés par leur époque en fera courir le bruit, mais simplement et sinistrement "trouvé mort au matin levant".

Un texte fulgurant d'amour pour l'artiste ("le plus peintre de tous les peintres") et fulminant de haine contre "les bas pourceaux qui défilent maintenant devant Van Gogh à qui, de son vivant, eux ou leurs pères et mères ont si bien tordu le cou". Fuligineux aussi par ses obscurités, et recouvert de la cendre du délire comme tous les textes de la fin du poète.

Sa thèse : ce n'est pas l'artiste qui est fou, c'est la société qui le rend fou. Pas d'art sans folie, clame-t-il. À quoi, vingt ans plus tôt, Jacques Rivière lui avait répondu : pas d'art sans art. L'art n'est pas ou pas seulement "le cri même de la vie", mais la recherche d'"une unité suffisante d'impression".

"La folie, c'est l'absence d'oeuvre"

Contre la folie. Devant les oeuvres de ces deux artistes en proie à la maladie mentale, on donnerait parfois raison à Rivière. Il y a dans le texte de l'un comme dans certains tableaux de l'autre quelque chose de dissocié et d'illimité. Un désastre de la pensée qui reste du côté de la pathologie, de "l'effondrement central de l'âme", comme dit Artaud. L'atteinte du beau reste entravée par les failles de la réalisation artistique, les indécisions de la composition, les défauts de forme, tels ces excès de matière jetée sur la toile en un relief qu'on ne perçoit évidemment pas dans les reproductions et qui sont l'un des chocs de l'exposition : on pense à Pollock. Une peinture du corps comme le théâtre d'Artaud était celui du corps.

"La folie, c'est l'absence d'oeuvre", disait Michel Foucault, répondant à ceux qui (comme Prinzhorn et Artaud) voyaient dans la maladie mentale la plus profonde et l'unique source du génie créateur. Ce qui nous bouleverse dans l'oeuvre de Van Gogh (splendide Nuit étoilée de 1888), comme dans celle d'Artaud, ce n'est pas tant leur part de folie que la lutte contre elle. Non la nuit de l'esprit qu'elles révèlent, mais les trouées de lumière qu'elles annoncent. Moins le chaos formel que l'art d'une construction dans laquelle prennent sens ces "lambeaux regagnés sur le néant complet". L'oeuvre de la folie ? Non : contre la folie.

Artaud perçoit dans cette peinture où même les choses ont mal (chaussure ou crabe retournés) la souffrance de n'être pas. Ou de n'être qu'une chose, un corps sans vie. Van Gogh cherchait son être en se peignant au miroir (26 autoportraits), et Artaud écrivait : "Je puis dire, moi, vraiment, que je ne suis pas au monde." C'est toute la question : peut-on faire oeuvre d'art quand on a perdu ce que Jacques Rivière appelait "la réalité en autrui" ? L'art, lui, est au monde. 

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